Bleu Mode

Bleu Mode illustration 1
© Dan Roberts
09/07/2018 - Margaux Warin

Bleu (adjectif): Qui est d'une couleur analogue à celle d'un ciel sans nuage : Une mer parfaitement bleue. Des yeux bleus. (Dictionnaire Larousse)

Bleu est la couleur à travers laquelle nous pouvons retracer l’itinéraire de Julien Boudet, alias Bleu Mode. Né à Sète, ville portuaire dans le sud de la France, il grandit face au bleu de la Méditerranée. Il quitte ensuite la France pour les États-Unis où il rejoint la Parsons New School for Design qu’il abandonné en 2013, lorsqu’il lance Bleu Mode, son site de photos. C’est en shootant le style des gens à Soho qu’il se lance dans le street style. Ses clichés laissent transparaitre son amour de la mode, comme celui de la photographie: Julien zoom sur les détails phares des looks et coupe souvent les visages, laissant les vêtements s’exprimer par eux-mêmes sans avoir besoin d’être incarnés. Il mêle ses photos de mode à celles d’architecture, souvent du brutalisme, pour marquer son univers. Son style personnel est tout aussi reconnaissable que ses photos: tenue oversize et sa fidèle boucle d’oreilles en forme de croix gravée “Bleu”. 

Aujourd’hui la renommée  de Bleu Mode est très importante et il collabore avec de nombreuses marques aussi bien de luxe que de streetwear et a récemment désigné une paire de baskets pour Fila. Julien Boudet a largement dépassé le statut de photographe street style et a sorti son premier livre “Bleus Visages” aux éditions Kahl la semaine dernière. Personnel, différent et touchant, c’est pour parler de cet ouvrage que nous avons retrouvé le photographe. 


Comment as-tu commencé ta carrière ? 
 
Tout s'est passé de manière très organique, je ne vois jamais ça comme du travail et c'est une des choses que je préfère dans ma carrière  - ainsi que ma liberté. Environ 2 ans après avoir été diplômé en business de l'Université de Montpellier, j'ai déménagé à NYC à 23 ans, je suis retourné à l'école 3 ans pour étudier la photographie/mode à Parsons et j'ai abandonné en Juin 2013 après avoir lancé Bleu Mode en Janvier, et depuis j'ai toujours été freelance. 
 
J'ai eu de la chance ça a décollé très vite grâce à mon dévouement et au réseau que je me suis crée à New York; j'ai été capable de vivre de la photo très vite après avoir lancé Bleu Mode.  
 
J'assume que les gens me connaissent essentiellement pour mon travail de street style durant les Fashion Weeks dans le monde mais j'ai aussi eu une variété d'autres projets ces dernières années, incluant une collaboration avec Fila pour une basket qui est sortie en Mai et mon premier livre "Bleus Visages" qui a été lancé la semaine dernière à Paris. . Ma première exposition solo va ouvrir à Sète le 18 Juillet. 
 
 
 
Pourquoi bleu (Bleumode, Bleus Visages) ?
 
La réponse est simple, “bleu” vient de la mer, qui a toujours fait partie de ma vie - moins maintenant car je ne vis plus là d'où je viens mais ça me manque vraiment. Je suis né et j'ai grandi dans une ville portuaire, Sète, dans le sud de la France et j'ai toujours été fasciné par la Mer Méditerranée qui entoure la ville. Donc quand est venu le moment de trouver un nom pour mon site & mes réseaux sociaux, j'ai tout de suite pensé à cette couleur et à tout ce qu'elle représente: les espaces ouverts, la liberté, l'imagination, l'inspiration... 
 
 
 
Tu photographies les gens pour leur style mais tu as toi-même un style très fort. Qui sont tes designers préférés ? 
 
Merci. Mes designers préférés sont Raf Simons, Dries Van Noten et Martin Margiela. Je voudrais aussi ajouter quelqu'un qui a juste fait son premier défilé la semaine dernière à Paris et que j'admire vraiment: Matthew Williams de Alyx.
 
 
 
Pendant le "Fashion Month", quelle ville t'inspires le plus
 
Paris.
 
 
Qui sont tes photographes préférés ?
 
Honnêtement, je n'ai pas vraiment le temps de regarder le travail des autres (j'ai vu beaucoup d'images incroyables dans des livres et magazines, mais je ne me souviens pas des noms) en plus de ceux (surtout des amis) que je suis sur IG, donc je vais seulement nommer les légendes qui m'inspirent vraiment: Man Ray, Irving Penn, Richard Avedon, Helmut Newton.
 
 
 
Quels artistes t'inspirent le plus?
 
Yves Klein m'inspire énormément, pour des raisons évidentes.
 
 
 
Quel a été ton voyage le plus inspirant ?
 
J'ai beaucoup voyagé depuis 2013 donc ce n'est pas une question facile mais si je devais en choisir un, ça serait ma première fois à Tbilisi en Georgie (j'y suis allé 5 fois depuis). J'ai été invité la première fois là-bas par Mercedes Benz Fashion Week Tbilisi, je suis directement tombé amoureux de la ville, l'architecture est magnifique et très différente de tout ce que j'avais vu avant - il y a une énergie étrange, d'une manière positive, ils ont culture forte et intéressante et les gens sont très accueillants et sympathiques. Après ce voyage, ça m'a inspiré pour aller voir d'autres pays de l'ex URSS donc je suis allée au  Kazakhstan, Kyrgyzstan, Arménie et c'était aussi superbe. Néanmoins la Georgie demeure mon endroit préféré au monde - peut-être car c'est là que j'ai le plus d'amis! 
 
 
 
Comment est venue l'idée de ton propre livre, un reportage dans ta ville natale ? 
 
Déménager à NYC à 23 ans a été une grande étape pour moi - ça a totalement changé ma vie et la manière dont je vois les choses en général, ça m'a ouvert l'esprit. Après avoir été aux États-Unis pendant quelques années, mon premier visa étudiant a expiré donc je ne pouvais pas quitter le pays pendant environ trois ans et ma ville natale et les gens de là-bas ont vraiment commencé à me manquer.
 
Pendant ce temps, j'ai appris la photographie, donc quand je suis finalement revenu chez moi, je regardais ma ville et mes amis d'une manière différentes, comme d'un point de vue extérieur et ça m'a tellement inspiré que j'ai décidé que j'allais faire un projet à long terme là-bas.  
Mon intention était surtout de mettre en valeur l'endroit spécial qu'est Sète (de nombreux artistes célèbres vienennt de là, notamment Georges Brassens et Paul Valéry) mais aussi de rendre hommage à ses habitants et au lieu de naissance de toute ma famille - et le plus important au lieu où mon père a été enterré. 
 
 
 
Ton livre n'est pas un livre de mode et de street style, qui est la manière dont on te connait. Pourquoi as-tu choisi de sortir ton premier livre sur un sujet totalement différent du travail pour lequel le public te connait?
 
Un premier livre est une étape majeure dans la carrière d'un photographe donc je voulais vraiment le faire très vien et que ce soit plus personnel que juste documenter du street style ou même de la mode en général. Je voulais que mon public en découvre plus sur moi, sur mes racines plutôt que d evoir une autre photo d'une invitée bien habillée qui va au défilé Balenciaga à Paris... 
Un livre c'est très important, c'est de l'art, c'est tangible. Ça demande tellement de temps et d'énergie à le créer que je ne pouvais pas juste utiliser le même contenu qui est déjà sur Internet, que tout le monde a déjà vu, aimé et partagé sur les réseaux sociaux. Bien-sûr cela ne veut pas dire que je ne vais jamais publier un livre lié à la mode mais ça ne sera définitivement pas fait d'une manière conventionnelle, ça sera plus conceptuel - et ce ne sera plus mon premier livre donc ça va.  
 
De plus, ces images sont exclusives. Je ne les ai jamais postées en ligne. Je n'ai même jamais parlé de ce projet auparavant, donc si vous faites l'effort d'acheter le livre, vous savez que vous ne dépensez pas votre argent pour quelquechose dont vous avez déjà fait une capture écran depuis votre fil Instagram.  gram feed. 
 
Pour finir, je ne veux juste pas être dans la case "photographe street style"; je veux montrer à mon public que je suis versatile. De nos jours, en 2018 plus que jamais, si tu es free-lance et que tu n'es pas capable de travailler sur différents projets qui n'ont rien à voir les uns avec les autres, tous en même temps, tu ne peux pas vraiment être en tête du jeu, et ce que tu as à offrir sera trop basique. Je n'aime pas les choses simples, c'est ennuyeux.
 
 
Ton livre, Bleus Visages, est reportage dans un port. Est-ce que c'est un sujet sur lequel tu as toujours voulu travailler ou est-ce lié à l'actualité ? 
 
Comme je l'ai expliqué au dessus, c'est plus un projet personnel qu'un reportage dans n'importe quel port. Donc non ce n'est pas lié à l'actualité mais c'est quelquechose que je sentais que je devais faire avant de passer à autre chose dans ma carrière de photographe. De plus, c'est un hommage à mon père qui était passionnée par la photographie mais n'a jamais eu la chance d'en faire à plein temps ou même d'imprimer un livre avec les photos qu'il avait prises en Afrique pendant son road trip. Un jour je ferai un projet avec toutes ces images, en les mixant avec les miennes, ça pourrait être cool. 
 
 
 
Tes photographies (de mode et ton livre) sont un mélange de personnes et de bâtiments. Quel est le lien entre eux d'après toi?
 
I see architecture as a way to “dress” regular buildings with nice and interesting designs, the same way “us,” people, dress up in the morning with designer pieces. As Dragana Zoric, an adjunct associate professor of architecture at Pratt in NYC, puts it “just like there is a difference between the body and the garment that encases or covers it, there is a relationship between the building's structure and skin.”
 
En fait je documente juste de superbes designs, peu importe si c'est à propos de personnes, de mode ou de bâtiments et de brutalisme. C'est un lien que je peux établir entre ces deux sujets que j'ai photographié à travers mes voyages jusqu'à maintenant.
 
 
Qui sont tes architectes favoris ? 
 
Le Corbusier, Tadao Ando, Marcel Breuer, et dans un style différent, Jean Prouvé.
 
 
Si tu pouvais vivre dans une autre époque, laquelle serait-ce et pourquoi?
 
Je suis né en 1985, et honnêtement j'aime cette époque. Grandir à un moment où le hip hop était en train de devenir de plus en plus populaire, et dans les années 90, la culture de la sneakers est née aussi, l'ère du jogging, les meilleures années du rap français et américain, le graffiti, le breakdance.... Toutes ces activités étaient vraiment supers et populaires à cette époque, et je pense aussi que nous avons eu le meilleur des deux mondes car nous avons grandi sans téléphones portables, mais en même temps on les a eu lorsqu'on en a eu besoin de nos vies - lorsqu'on devenait de jeunes adultes. 
En fait c'était juste parfait car on pouvait profiter de notre enfance "normale" et jouer dehors (sans Internet) mais nous y avions accès et nous avons utilisé les réseaux sociaux plus tard comme un outil marketing - comme je le fais toujours aujourd'hui. 
 

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